François Morellet

Né en 1926 à Cholet, France. Décédé en 2016 à Cholet, France.
Membre du G.R.A.V

Je préfère pi – Paris, Février 2006

S’il y a une dimension plastique des mathématiques, c’est la géométrie. François Morellet est un explorateur, son oeuvre est le miroir de l’infini dans sa déclinaison spatiale. Tracez une droite verticale, une droite horizontale, mettez une flèche au bout de chaque droite, rajoutez plus et moins l’infini de droite et de gauche… et c’est là que les ennuis commencent pour tous ceux qui, comme moi, sont paresseux, qui aimeraient bien se promener dans l’infini, ce huit penché, serpent qui se mord la queue et symbolise l’univers dans la plupart des mythologies, mais reculent devant cet Himalaya de calculs et d’équations et ne retiennent des mathématiques que la poétique.

Heureusement pour nous, il y a François Morellet qui, lui, a le courage de la règle et du rapporteur. Quand on montre une oeuvre de François Morellet, elle occupe l’espace tout entier, immédiatement : accrochez une oeuvre de François Morellet chez vous et l’infini vous appartient. Comme pour répondre à ceux qui prétendaient que ses néons sont durs et froids, il donne aujourd’hui des lunatic neons et weeping neons. Le néon, pleureur et changeant, inscrit la lumière dans l’oeuvre de François Morellet qui pénètre ainsi dans la quatrième dimension. Il joue et se joue systématiquement de la géométrie, et refuse l’image romantique de l’artiste pour se plier aux lois de la physique.

I prefer pi est la déclinaison systématique du cercle dans tous ses états, en anglais pour le merveilleux palindrome. Mettre π en néon, néant, décomposer le cercle, n’est-ce pas le nier, nier la perfection de cette forme pour mieux la sublimer ? Confier une exploration systématique à un nombre irrationnel dont les décimales s’étendent à l’infini, même s’il est remarquable, c’est obéir à ses lois jusqu’aux hasards de la trigonométrie, rationaliser jusqu’à l’irrationnel. Il ne faut pas l’oublier, iconoclaste et démystificateur, François Morellet écrit bien pour dire des choses intelligentes.

Entre Roland Barthes et Jacques Lacan, il se joue des mots aussi bien que de la géométrie, donnant aux paresseux, et aux autres, une vision immédiate de l’infini mathématique.

Lélia Mordoch

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